Moutte

une artiste atypique


24 juin 2017

Site mis à jour le
22 mai 2017

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Historique de Moutte

Plasticienne autodidacte née en 1960

 

C'est dans les années 90 , au hasard d'une balade que le bois m'a interpelée, j'ai commencé par une canne en hêtre à tête de cheval. De là je n'ai plus arrêté. C'est devenue une évidence, une deuxième respiration..

La récupération d'objets en tous genre donne lieu à des détournements . Les collages , le modelage, la sculpture sont autant de moyens d'exprimer l'énergie intérieure de mon imaginaire.

Mon travail est à mes yeux un moyen supplémentaire de communication.

D'un coté le travail en atelier qui reste une certaine quête vers un objectif de recherche au cœur de mon imaginaire ; de l'autre les réactions des différents publics rencontrés au cours d'expositions ou d'interventions artistiques.

La communication passe par l’œuvre et se fait dans le partage d'émotions.

Mon intention artistique est de provoquer cette alchimie , l’œuvre n'existe qu'à travers les yeux de celui qui la regarde.

 

 

Voilà une Auvergnate dont les oeuvres et surtout l'esprit même eussent plu à Dubuffet et Chaissac,théoricien et promoteur de l'art brut. Difficile en effet de concevoir artiste moins (pré- ou dé-) formée par quelqu'école ou un quelconque maître ;difficile aussi, face à ses oeuvres, de croire que''brut'' signifie médiocre.

Cette plasticienne se révèle donc à la fois libre de toute influence d'un style extérieur, et entièrement déterminée par son univers intérieur. Avançant yeux grands ouverts dans le paysage conçu comme pourvoyeur de matériaux végétaux (éclats de bois, racines,champignons) et fragments divers (coquillages,galets,plumes), elle croit découvrir en ses rebuts des formes voire des personnages qui lui seraient extérieurs, mais qu'en fait elle a intérieurement conçus au préalable : ''la récupération c'est la chasse au trésor au trésor depuis mon plus jeune âge(...).Au départ, un morceau de bois(...) m'interpelle soit dans sa forme, soit dans sa structure.'' ; en réalité, c'est elle qui interpelle le morceau de bois qui ne lui sert que de miroir.

Richard BUCAILLE

 

Créatrice sans limites, sans préjugés, sans contraintes, Moutte peut passer de la terre au bois ; d'un matériau sommairement bûcheronné à une substance sophistiquée ; de la peinture à la gravure ; de la création spatiale à la peinture...Le résultat est une œuvre protéiforme allant du portrait massif aux traits taillés (littéralement) à coups de serpes, à la chenille longiligne dans lequel elle mêle œuvre et décor, par exemple les jambes de la tapisserie africaine devenant les pattes de l'animal ; passant de l'arbre porte-bonheur surchargé d'offrandes à un individu arborant chemise criarde et multiples fanfreluches ; du portrait mordoré parce qu'elle a préservé la texture du bois de « Monsieur et Madame Bouleau » à « Miss Croquemitaine » éclatant de couleurs, en exploratrice caricaturale...

Le plus curieux est la façon dont cette autodidacte met en marche son imagination lorsqu'elle devient créatrice d'Art-récup'. Il faudrait dire lorsqu'elle réalise ses œuvres en passant du végétal (écorces, bois, racines, champignons de souche...) au minéral ( galets, cailloux...) ou à l'animal (os, coquillages, plumes....) ; trouvant l'impossible conjonction de divers éléments qui en feront une chenille, un arbre, un totem, etc. : « se promenant » d’œuvres ludiques « racontées », à d'autres au contraire à peine ébauchées...

Finalement, cette absence de définitions et cette recherche de formes tellement différenciées, n'est autre, pour Moutte, qu'une quête de liberté, apportée par chaque nouveau matériau. Le plaisir, l'envie d'exprimer le vide, l'espace, la lumière, la résonance avec tout ce qui fait partie de la troisième dimension ; et par opposition, l'envie d'aborder le volume, dans le sens du plein.Ou simplement, travailler le trait, couvrir une surface...

Pour cette artiste, qu'importe la démarche, puisqu'elle parle toujours de l'être humain, de la sociabilité, des regards qui parlent de beaucoup de choses ; ou de l'absence de regards qui l'emmène vers d'autres orientations...

Jeanine Smolec-Rivais

 

MOUTTE INTRA-MUROS
*****
Certains artistes établissent une ligne stricte entre vie privée et création : l'art dans l'atelier, la maison à la famille. Rien de tel chez Moutte, où le visiteur se trouve accueilli d'emblée au "parking privé", par une sculpture humanoïde perchée au sommet du mur ; mi-protectrice comme naguère les statues christiques des missionnaires placées en haut d'une colline ; mi-garantie d'un accueil chaleureux.
Et puis, à peine dépassé un gentil gardien de la porte, à la peinture verdie par le temps ; une fois visité l'atelier du bois, isolé pour protéger la maison de la poussière, chaque parterre propose un nouvel hôte : ici, dans les millepertuis, un bonhomme noir ; là, au pied d'un énorme lierre taillé en parapluie, un individu composite à la tête faite d'une pelle, riant à gorge déployée ; ailleurs, sous l'auvent de la terrasse, quatre personnages, dont la première sculpture jamais réalisée par Moutte : sans tête et aux membres tronqués, comme ébauchée pour toujours. Ici, là, ailleurs… d'autres... Car, outre les éléments "domestiques" dénichés dans les vide-greniers, ou produits par les arbres du jardin, il faut ajouter les trouvailles "sauvages" séchant sous quelque appentis, dans un vieux panier d'osier, sous une avancée du mur : cailloux récoltés au long des chemins ou galets au bord de la mer, écorces, bois, racines, os, coquillages, plumes… ; chaque objet prêt à être adapté à une nouvelle sculpture, à une peinture en relief.
Peut-on s'étonner d'une telle surabondance, si l'on songe que l'œuvre de cette artiste est tellement protéiforme ; qu'elle crée dans la démesure non par la taille des œuvres, mais par leur variété (minérales, animales, végétales…), leur aspect allant du portrait aux traits taillés littéralement à coups de serpes, ou au contraire  longuement fignolés, au tableau gravé ou constitué d'éléments encollés…

Pourtant, ce visiteur n'a encore rien vu, car la maison est une sorte de promenoir, allant de la femme réalisée entièrement en pommes de pin placées différemment pour générer des nuances sur la jupe, sur la poitrine grillagée, des tentacules de tuyau jaune s'échappant de ses oreilles… à un très grand tableau portant collages et photos de bébés en toutes positions, aux couleurs fanées, indiquant qu'il a dû accompagner la croissance des enfants… à un animal longiligne, doublant la rampe d'escalier réalisé en plages de haricots installés en ordre parfait, séparés par des collages perpendiculaires de fines lanières de cuir. Prouvant que si Moutte est capable d'arroser de projections de peintures les murs de sa salle de bain, elle peut aussi avoir une infinie patience pour réaliser quelque animal fantasmagorique.
Passées les chambres des enfants –des ados, plutôt- et celle de la maîtresse de maison, le visiteur parvient dans le domaine de la création finale : la pièce des collages, où attendent dans des cagettes, des milliers de billes, boutons, découpages de toutes sortes… la pièce des tissus où se côtoient vêtements intouchés voués à des sculptures en pieds comme son "Danseur" scintillant dans ses habits de lamé, et morceaux d'étoffes en attente.

Tout cela, l'air à la fois tellement bien rangé et projetant une multitude de couleurs. Surprenant. Sympathique. Unique et original parce que reflétant les talents de l'artiste. Divers, pour lui permettre de passer  de l'un à l'autre au gré de sa fantaisie.
Ainsi va Moutte, vivant parmi ses créations, dont le plus surprenant tient à ce qu'elles peuplent son logis, non pas comme "exposées", mais comme parties prenantes de la vie familiale, près de la cuisinière, sur l'étagère des assiettes, sur le bord du lavabo… Bref accompagnant les faits et gestes de la maisonnée, avec la même présence que l'invité qui, lui, ne fait que passer… Et qui, le matin venu, s'en détache avec peine.
     Jeanine Smolec-Rivais.
La base de ce texte a été écrite sur la route du retour, dans l'émotion d'une maison amie à peine quittée.